LE PSTACI EXPOSE SA STRATEGIE DE TRANSFERT DE FONDS EN CAPITAL PRODUCTIF
Le Programme Stratégique de Transformation de l’Aquaculture en Côte d’Ivoire (PSTACI) a exposé sa stratégie pour transformer les transferts de fonds des Ivoiriens de l’extérieur en capital productif. C’était à l’occasion du Forum Diaspora for Growth organisé, du 26 au 27 juin 2026 à Paris, la Capitale française, par le Ministère Délégué à l’Intégration Africaine et aux Ivoiriens de l’Extérieur.
REDUIRE UNE FACTURE D’IMPORTATION DE 400 MILLIARDS DE F CFA
C’est une équation macroéconomique complexe que la Côte d’Ivoire tente de résoudre. D’un côté, une diaspora dont les transferts de fonds ont culminé à 938 milliards de FCFA en 2025, mais dont moins de 15 % sont captés par l’investissement productif. De l’autre, un déficit halieutique structurel qui oblige le pays à importer plus de 80 % de sa consommation de poisson, saignant la balance commerciale de près de 400 milliards de FCFA par an.
Présent au Forum Diaspora for Growth, le Programme Stratégique de Transformation de l’Aquaculture en Côte d’Ivoire (PSTACI) est venu proposer un véritable changement de paradigme. Pour porter cette ambition, M. COULIBALY Tidjiane, Chargé de développement, représentait M. Modibo SAMAKE, Coordonnateur Général du PSTACI. Devant un parterre d’investisseurs, la délégation a décliné la feuille de route du Programme qui ambitionne d'industrialiser la filière pour produire 500 000 tonnes de poisson d’ici 2030.
L’analyse des grands questionnements du secteur a rapidement permis de traduire les problématiques de terrain en axes d'action immédiats. Les débats ont d'abord confirmé que la priorité absolue reste le financement de provenderies locales de maïs et de soja pour briser le premier poste de coût d’exploitation, combiné à la modernisation des écloseries pour sécuriser la disponibilité des alevins. Face au frein psychologique de l'éloignement géographique, le PSTACI a mis en avant les Zones Économiques Aquacoles Durables (ZEAD) comme modèles d'infrastructures clés en main mutualisées.
Pour rassurer les investisseurs non-résidents, l'accent a été mis sur l’écosystème d’appui du CEPICI et du FIRCA, mais aussi sur l'innovation de l’assurance paramétrique couplée à l’IoT pour sécuriser l’actif vivant. Avec une demande nationale de 650 000 tonnes face à une production locale encore marginale, le potentiel de rentabilité économique reste immense, idéalement adossé à un actif hydrographique sous-exploité de 500 000 hectares.
LES ACTIONS INITIEES POUR DERISQUER STRUCTURELLEMENT LE SECTEUR
Dans cette dynamique de sécurisation, M. COULIBALY a particulièrement mis en lumière les efforts constants qui ont permis de dérisquer structurellement le secteur auprès du secteur bancaire local. Cette approche rigoureuse et ces nouveaux instruments portent aujourd'hui leurs fruits, suscitant un engagement inédit des banques commerciales et des institutions de microfinance. Ces dernières acceptent désormais d'accompagner le financement de l'actif vivant et d'appuyer activement le développement de projets aquacoles privés en Côte d'Ivoire, levant ainsi le nœud gordien des garanties traditionnelles.
Poursuivant sa démonstration, le Chargé de développement a abordé le projet stratégique de régionalisation des unités de production aquacole, intimement couplé à l'initiative AquaJeunes. Ce dispositif territorialisé a pour vocation de transformer l’aquaculture en un véritable levier de développement et de création d’emplois pour les jeunes en milieu rural. M. COULIBALY a ainsi partagé les éclatants succès de cette initiative dans les régions du Poro et du Gbêkê, où elle a d'ores et déjà réussi à créer une dynamique locale vertueuse.
Face à ces résultats probants, il a lancé un appel vibrant à la diaspora, l'invitant à s'associer activement à ses conseils régionaux d'origine pour co-développer et dupliquer de telles initiatives à fort impact social et économique.
L’assemblée a unanimement salué la pertinence de ces projets aquacoles pour relever le défi de la sécurité alimentaire en passant à une production intensive. Cependant, l'intensité capitalistique ne fait pas tout, car la distribution reste la clé de voûte du secteur. Pour fluidifier ce marché, l’association des femmes ivoiriennes a formellement manifesté son engagement à accompagner et structurer le réseau des mareyeuses de Côte d'Ivoire. Ces dernières, véritables piliers historiques du commerce de détail, sont perçues comme le vecteur indispensable d’une commercialisation efficace, capable de connecter directement les bassins de production intensive aux consommateurs urbains.
Parmi les opportunités de niche décortiquées dans le document d’orientation, l'intégration verticale de la chaîne de froid a captivé l'auditoire. Investir dans la logistique réfrigérée et la production de glace, de la récolte jusqu'aux étals, apparaît comme une urgence pour réduire les pertes post-récolte, estimées par la FAO entre 20 % et 50 %. Face à l'intérêt suscité par ces niches, les participants ont émis le vœu de voir le PSTACI organiser une mission officielle en France afin de vulgariser directement auprès de la diaspora les différents dispositifs d'appui financiers et fiscaux mis en place par l'État ivoirien, indispensables pour impulser une dynamique économique inclusive.
L’annonce de la mise en œuvre opérationnelle du crédit fournisseur, via l'initiative AquaFeed, a également été saluée comme une révolution par l'assistance. Pour les membres de la diaspora possédant déjà des infrastructures piscicoles au pays, ce mécanisme allège considérablement le besoin en fonds de roulement initial en finançant l'aliment en phase d'exploitation. Ce tournant technique majeur permet enfin de restructurer ces projets privés pour les rendre pleinement bancables auprès des institutions financières partenaires.
L’INTERPROFESSION IVOIRIENNE DOIT MIEUX ORGANISER SES CIRCUITS DE DISTRIBUTION
Tout n'est pas pour autant idyllique, et au détour des échanges, plusieurs opérateurs ont soulevé une faille de taille concernant les dysfonctionnements d'une commercialisation harmonieuse en Côte d'Ivoire. Cette rupture logistique pousse fréquemment les producteurs ivoiriens à exporter leurs volumes vers le Ghana voisin, jugé plus mature, plus réactif et nettement plus diversifié, notamment pour l'achat de masse du poisson silure. C'est un signal d'alarme qui rappelle l'urgence pour l’interprofession ivoirienne de mieux organiser ses circuits de distribution intérieurs pour retenir la valeur ajoutée sur le territoire national.
Prolongeant le succès de la session officielle, M. Coulibaly a personnellement convié une sélection d'acteurs clés à une rencontre plus restreinte en marge du forum. Parmi les dossiers stratégiques abordés figurait celui de l'Institut Francophone d’Economie Maritime, porteur d'une initiative d'envergure nationale : la création d'une école d’entrepreneuriat bleue devant se déployer à travers 12 départements de la Côte d'Ivoire. Cette passerelle entre formation professionnelle, insertion des jeunes et économie maritime illustre parfaitement la volonté du programme de bâtir un écosystème global et inclusif autour des métiers de l'eau. En somme, l'arsenal technique, humain et financier du PSTACI est prêt, et il reste désormais à la diaspora à transformer son épargne en capital-risque productif pour s'octroyer une part de ce marché souverain.
Avec Afrique Magazine